L'article

30
mai
2016

Opérer le coeur sans ouvrir la poitrine

Avec l’évolution des techniques chirurgicales et les interventions par voie percutanée, les opérations du coeur deviennent moins lourdes.

Il n’est plus obligatoire de subir de lourdes interventions suivies de longues convalescences lorsque l’on se fait opérer du cœur. Les nouvelles techniques chirurgicales sont de plus en plus utilisées, à condition que l’état général du patient le permette.

• Voie percutanée

Les techniques qui permettent d’opérer sans ouvrir le thorax ont connu un essor spectaculaire ces vingt dernières années. Maladies coronaires, troubles du rythme, malformations,cardiomyopathies… toutes les pathologies sont concernées. Certains gestes, comme la revascularisation coronaire par angioplastie et la pose de stents, sont même effectués en priorité par voie percutanée. La majorité des interventions chirurgicales concernant les coronaires (45% des opérés) et les valves (45% également) a bénéficié de ces nouvelles approches.

Tout a commencé en 2007 avec le premier remplacement de valve aortique par voie percutanée transcathéter. La dégénérescence de la valvule aortique s’opérait jusqu’alors exclusivement à cœur ouvert. Mais désormais pour l’atteindre, « il suffit d’une petite incision au niveau de l’artère fémorale et l’on passe un cathéter dans les vaisseaux du patient », explique le Pr Hervé Le Breton, chef du service de cardiologie interventionnelle au CHU de Rennes.

Des images très précises du thorax sont affichées sur de grands écrans pendant l’intervention et permettent au cardiologue de se diriger dans le dédale des vaisseaux pour positionner la prothèse valvulaire sur la valve endommagée. Les avantages de cette procédure sont multiples. « L’hospitalisation est plus courte : le patient peut sortir après deux ou trois jours d’observation. L’intervention est moins douloureuse et la récupération quasi immédiate », résume le cardiologue.

Elle permet donc de prendre en charge des patients trop fragiles pour subir une intervention chirurgicale conventionnelle. La moyenne d’âge des personnes ainsi traitées est de 83 ans. « Environ la moitié des 3700 interventions qui ont eu lieu en 2013 concernaient des malades qui n’auraient pas pu être opérés à cœur ouvert en raison des risques », note le Pr Le Breton.

En dehors de ces cas, la chirurgie traditionnelle est encore proposée en première intention aux patients jeunes. « Il est possible que nous élargissions notre cible aux malades dont les risques opératoires sont moins élevés. Mais des études doivent encore déterminer si l’intervention percutanée est aussi efficace que la chirurgie. Le recul n’est pas suffisant pour généraliser la méthode. »

Autre intervention pour laquelle la chirurgie classique reste de mise : le pontage coronarien, qui consiste à contourner une artère rétrécie ou obstruée en créant un « pont » réalisé avec un segment de vaisseau prélevé ailleurs sur le patient. « On en effectue encore beaucoup en dépit du succès des stents. Les résultats de la chirurgie sont meilleurs en termes de survie à trois et à cinq ans, quand les lésions touchent au moins deux ou trois vaisseaux du cœur », explique le Pr Pascal Leprince, chef de service de chirurgie cardiaque à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière (Paris).

• Chirurgie mini-invasive

Le développement de la voie endoscopique permet cependant d’alléger les procédures. C’est ainsi qu’une chirurgie dite mini-invasive commence à être utilisée dans les interventions sur les valves cardiaques (réparation et remplacement de la valve mitrale ou remplacement de la valve aortique) ou pour certaines malformations. Un endoscope, tube muni de fibres optiques et d’un système d’éclairage, est introduit dans l’organisme par une toute petite incision.

De faible diamètre, il laisse passer les instruments chirurgicaux miniaturisés nécessaires à l’intervention. Le système vidéo permet au chirurgien de les guider sur écran. Bénéfice pour le patient : la procédure est aussi moins douloureuse qu’une chirurgie classique puisqu‘il n’y a pas de grande ouverture du thorax, lésant les muscles et les nerfs et à plus haut risque d’infection.

Les cicatrices sont moins importantes, et l’organisme se remet plus rapidement. Mais là encore, si cette technique est prometteuse, elle est loin d’être la règle et n’est proposée que dans certains centres hospitaliers, notamment pour les remplacements de valves mitrales.

• Opération à cœur battant

La chirurgie classique à cœur ouvert cherche aussi à être moins traumatisante pour l’organisme. Depuis une dizaine d’années, certaines équipes effectuent ainsi des pontages coronariens « à cœur battant ». Lors d’une opération conventionnelle, le cœur est arrêté et, le temps de l’intervention, le sang passe en circulation extracorporelle par une machine coeur-poumon qui prend le relais de ces organes.

Pas de circulation extracorporelle dans un pontage à cœur battant : le cœur, bien qu’immobilisé par des stabilisateurs, continue d’assurer sa fonction, et c’est là toute la difficulté de l’opération. Cette technique est encore peu répandue et ses bénéfices restent discutés dans la communauté scientifique. Cependant, les gestes chirurgicaux évoluent et les techniques sont de plus en plus fiables.

BON À SAVOIR

> Même si la chirurgie classique reste la référence pour traiter des pathologies lourdes, les techniques interventionnelles se substituent de plus en plus aux opérations à cœur ouvert.

> Le remplacement de la valve aortique par voie percutanée a révolutionné le domaine. Un patient sur cinq est désormais traité de cette manière.

> La chirurgie mini-invasive et les pontages coronaires à cœur battant se sont développés ces dix dernières années, deux techniques en voie de perfectionnement constant.

Source : Le Figaro Santé



repondre Réagir à cet article    

Les commentaires (0)

> L'ARTICLE EN IMAGE
> L'AUTEUR
> Audience
  • 31 visites
> Faire suivre l'info

ARTICLES SIMILAIRES


 
Administration