L'article

2
octo
2015

Pourquoi maintenant l’Iran attire tant les Occidentaux ?

Le pays a été durement éprouvé par les sanctions occidentales. Pourtant, l’économie iranienne ne manque pourtant pas d’atouts. Et les occidentaux en sont bien conscients.

Dans quel état se trouve l’économie iranienne après des années de sanctions internationales ? Sorti de l’isolement provoqué par la révolution iranienne sous les mandats de Mohammad Khatami (1997-2007), le pays a été durement éprouvé par les sanctions américaines, européennes et onusiennes instaurées à partir de 2006, mais surtout à partir de 2012 en raison des soupçons sur son programme nucléaire. Les recettes d’exportations sont tombées de 118 milliards de dollars en 2011 à 56 milliards en 2013.

Une économie qui s’est contractée

Le régime de sanctions a abouti, selon le ministère français des Finances à une "contraction cumulée de 8,5% du PIB de l’Iran entre 2012 et 2014, une baisse des recettes pétrolières, une chute de la production industrielle, une perte de valeur du rial [la monnaie iranienne], et une forte hausse de l’inflation". La monnaie a alors perdu 75% de sa valeur et l’inflation était galopante. Officiellement de 50%, mais sur certaines produits comme la viande, les prix ont été multipliés par 5 ou 6", a constaté Nigel Coulthard*, président du Cercle Iran Economie, lors d’un voyage en Iran en 2014. La production pétrolière, de 7 milliards de barils par jour avant la révolution a dégringolé à 3 millions aujourd’hui. Le secteur souffre d’un manque d’investissement et de problèmes technologiques.

Bureaucratie et clientélisme des années Ahmadinejad

L’Iran partage les problèmes d’un certain nombre de pays émergents : corruption, clientélisme, une bureaucratie qui ne fonctionne pas très bien, des entreprises publiques (environ 80% de l’économie) pas toujours bien gérées. Les Gardiens de la révolution ont fait main basse sur des pans entiers de l’économie, en particulier dans le secteur de la construction, notamment pendant les deux mandats du président Mahmoud Ahmadinejad, "Pour autant, leur emprise est souvent surestimée, estime l’économiste Thierry Coville, spécialiste de l’Iran. Le président Hassan Rohani a commencé à remettre de l’ordre depuis son arrivée aux affaires à l’été 2013. Ce n’est pas un hasard si son directeur de cabinet, Mohammad Nahavandian est l’ancien président de la chambre de commerce". En dépit de ces points noirs, l’Iran dispose d’importants atouts, qui justifient l’intérêt des milieux d’affaires internationaux.

Ressources naturelles à foison et faible endettement

En contrepartie de son isolement, l’Iran est très peu endetté (1,8% du PIB). Il dispose des premières réserves mondiales de gaz, des quatrièmes de pétrole. Sa croissance est réduite à 2% en raison des sanctions et de la chute des cours pétroliers, mais "l’Iran a un potentiel de croissance de 6 ou 7%" selon Thierry Coville. "Elle était de 4 à 8% sous Khatami, complète Nigel Coulthard, mais s’est effondrée lors de second mandat d’Ahmadinejad.

Un pays devenu industriel

L’économie iranienne, depuis la guerre avec l’Irak (1980-1988), au cours de laquelle l’Iran a été soumis à un isolement presque total, a appris à fonctionner en autonomie. "Les sanctions des dernières années ont renforcé l’émancipation de l’économie, fait valoir Nigel Coulthard. Les exportations non pétrolières ont doublé pendant les années sous sanctions et aujourd’hui, le pays est beaucoup moins dépendant du pétrole". En 2014, les exportations de pétrole ont représenté 55 milliards, contre 35 milliards pour les exportations non pétrolières. "L’Iran devient un pays industrialisé", ajoute-t-il.

Le premier secteur d’exportation est la pétrochimie, avec principalement les sites d’Assaluyeh et de Bandar-Mahshar, dans le Golfe persique. Le second secteur est l’automobile. En 2011, avant le pic des sanctions, l’Iran a produit 1,6 million de voitures. Plus que l’Italie. Le pays a également développé des compétences en ingénierie (turbines à gaz, turbines à vapeur) et des centrales électriques, exportées dans les pays voisins et en Afrique. L’Iran commence aussi à développer un secteur agro-alimentaire.

Un niveau d’éducation élevé

Lorsque le régime de sanctions a été le plus dur, le pays s’est appuyé sur ses ressources propres : "L’Iran bénéficie d’un niveau d’éducation élevé, avec 3,5 millions d’étudiants dont 60% de femmes. "Le nombre de femmes ingénieures diplômées est le plus élevé au monde", souligne Nigel Coulthard.

Volonté de revenir dans le jeu international

C’est la nécessité de désengorger l’économie qui a amené les Iraniens a accepter les négociations sur le nucléaire. D’abord parce que le régime craignait une explosion de la part d’une population qui avait goûté à une début d’ouverture au monde sous le président Khatami. Mais aussi, selon Nigel Coulthard, "parce que les principaux acteurs économiques publics ou para publics, tels les Gardiens de la révolution, qui ont largement profité des sanctions, ont compris que la croissance de leurs activités avait atteint leurs limites, en raison de la fermeture des marchés étrangers. Ils avaient besoin d’une plus grande ouverture pour faire fructifier leurs affaires".

* Nigel Coulthard est l’auteur de Iran, hussein’s dilemma : A key to understanding the reality and challenges of Iran (2014), ed. Books on Demand, non traduit.

Source : L’Express



repondre Réagir à cet article    

Les commentaires (0)

> L'ARTICLE EN IMAGE
> L'AUTEUR
> Audience
  • 90 visites
> Faire suivre l'info

ARTICLES SIMILAIRES


 
Administration