L'article

2
octo
2015

Première double greffe de mains sur un enfant

Cette greffe complexe, la première du genre sur un enfant, a mobilisé une équipe de 40 personnes à l’hôpital pour enfants de Philadelphie, aux États-Unis.

Zion Harvey est, à 8 ans, le premier enfant à recevoir une greffe des deux mains. Mercredi, l’hôpital pour enfants de Philadelphie, aux États-Unis, a annoncé le succès de son opération qui s’est déroulée au début du mois - le temps pour les médecins de vérifier la bonne santé du petit patient et la prise du greffon. S’il existe plusieurs précédents chez les adultes (environ 70 patients dans le monde ont subi une transplantation de main depuis 1998), c’est la première fois qu’une équipe médicale prend le risque de mener cette opération complexe chez un enfant.

L’intervention a duré une dizaine d’heures et mobilisé une équipe de 40 personnes, divisées en quatre groupes de travail : deux groupes pour préparer les deux moignons de Zion, et deux autres pour préparer les deux mains à greffer. Les chirurgiens ont soudé les os du greffon (radius et cubitus) à ceux des avant-bras du patient à l’aide de plaques et de vis métalliques, puis connecté les veines et artères par chirurgie micro-vasculaire. Une fois la main irriguée par le sang de son nouveau propriétaire, les chirurgiens ont connecté les muscles, les tendons et les nerfs avant de refermer la peau avec des sutures plus fines qu’un cheveu.

À 4h30 du matin, tous les signaux étant au vert, les médecins ont entouré les nouveaux bras de Zion de bandages et d’attelles pour la cicatrisation.

Les dons d’organes chez les enfants sont rares

En 2008, Zion, alors âgé de deux ans, avait été amputé des mains et des jambes, en dessous du genou, après une septicémie. Deux ans plus tard, ses reins endommagés par l’infection avaient dû être remplacés par un greffon provenant de sa mère. Il avait alors été placé sous immunosuppresseurs, ce qui l’a mis dans de meilleures dispositions pour recevoir une greffe des mains quatre ans plus tard. En 2015, il a été placé sur une liste d’attente pour recevoir de nouveaux membres. Alors que les dons d’organes chez les enfants sont rares, c’est seulement 3 mois après que l’opération a pu avoir lieu grâce à un donneur compatible. « Quand j’aurai ces mains, je serai fier de les avoir. Et même si ça ne marche pas, je m’en fiche parce que j’ai ma famille », expliquait Zion, avant l’opération, à la caméra de l’hôpital, lové dans les bras de sa mère. Désormais hospitalisé dans une unité de rééducation, il commence à attraper des objets avec ses nouvelles mains.

« C’est un beau projet qu’ils ont accompli, chapeau ! » s’enthousiasme le Pr Jean-Michel Dubernard, l’un des chirurgiens qui a participé en 1998 à la première greffe de main au monde. Pour lui, c’est tout d’abord un exploit technique. Outre la nécessaire coordination simultanée de 40 soignants, le réseau vasculaire d’un enfant est plus petit que celui d’un adulte et cela complique la chirurgie micro-vasculaire. Néanmoins, les conditions étaient idéales pour lancer l’opération. « Le patient était déjà sous un traitement d’immunosuppression, ce qui réduit considérablement la prise de risque de l’équipe soignante. Ensuite, la présence d’os et de moelle osseuse dans le greffon favorise son assimilation par l’organisme », souligne le chirurgien.

La dimension psychologique est centrale dans le processus de greffe. Pour le Pr Jean-Michel Dubernard, elle est la même chez l’enfant et l’adulte : « Il s’agit de savoir si la personne est capable de vivre avec les mains d’un mort ». Trois ans après la toute première greffe de main, le patient avait ainsi décidé de se faire amputer. Les personnes greffées peuvent avoir du mal à s’approprier leurs nouvelles mains, surtout avant de récupérer la sensibilité des doigts. « Leur manière de les décrire est très éloquente : avant d’avoir un ressenti tactile, ils parlent de “ces mains”, puis après ils disent “mes mains” », témoigne Jean-Michel Dubernard.

Source : Le Figaro Santé



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