L'article

4
juil
2016

Quand les animaux nous aident à communiquer

Chiens en maison de retraite, chevaux au pied de l’immeuble, bars à chats pour urbains stressés ... La médiation animale a le vent en poupe.

Sa photo-portrait a envahi la Toile en quelques heures : Diesel, chienne malinoise du Raid ayant perdu la vie dans l’assaut de Saint-Denis le 18 novembre dernier, est devenue pour beaucoup une héroïne. Bien sûr, quand de nombreux internautes ont osé poster #jesuischien, quelques voix offusquées se sont élevées : « Comment se rapetisser à ce point-là ? » « S’identifier à un chien, quelle horreur ! » Mais dans sa grande majorité, le public a entériné l’hommage fait à Diesel : à son propos, on a parlé « dévouement », « obéissance » et « courage ». Comme le disait Pierre Desproges : « Plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien. »

Cette place donnée à un « simple mammifère » n’étonne en rien Boris Albrecht, directeur de la Fondation Adrienne et Pierre Sommer. Au centre de cette ½uvre, le soutien à la médiation animale, quels qu’en soient les domaines (sociaux, éducatifs ou thérapeutiques), qui donnera lieu à un grand colloque international l’été prochain. « Depuis 2003, plus de 500 projets dans lesquels l’animal améliore les conditions de vie des humains sont devenus réalité grâce à notre action », se félicite son directeur.

Faciliter les relations

Il y a dix ans, on discutait à peine des apports des chiens et chats dans les maisons de retraite ; aujourd’hui, c’est un fait établi pour tous : les quadrupèdes apprivoisés incitent les résidents âgés à se lever, marcher, être actifs. Mais des bienfaits inattendus ont aussi été observés. « On a découvert notamment que les chiens facilitent aussi les relations entre soignants », explique Boris Albrecht.

Marine Grandgeorge, docteur en psychologie, qui mène des recherches au laboratoire d’éthologie animale et humaine de Rennes, confirme, et s’en étonne encore : « L’animal est vraiment un “tiers régulateur”, c’est pour ça qu’il est tellement bienvenu en médiation. Sa présence influence les comportements des humains entre eux. Des études montrent même que, s’il est là, les gens se regardent, se parlent plus… Et les handicapés, s’ils sont accompagnés d’un animal, triplent le nombre de regards posés sur eux. » Aucun doute, l’animal a, selon les chercheurs, un rôle de « lubrifiant social », d’autant plus évident quand les liens entre hommes s’appauvrissent. Pourquoi un tel succès ? : « L’animal est non jugeant, précise Marine Grandgeorge. On peut donc passer par lui pour casser les barrières. »

Des chevaux en bas de l’immeuble

Désormais, le recours à la médiation animale est en pleine expansion dans de nombreux domaines : justice (pour la vie en milieu carcéral), monde du handicap (qu’il s’agisse de problèmes physiques ou psychomoteurs), soins palliatifs… Et cette alliance prend des formes renouvelées. À Dole, en pleine cité, un centre équestre a été installé en bas des immeubles afin que chaque jour les jeunes en difficulté viennent nourrir et soigner les chevaux ; les habitants s’y mettent aussi, ce qui favorise la communication locale. À la Ferme de Nat, en Maine-et-Loire, des personnes polyhandicapées viennent profiter de moments privilégiés avec des ânes, animaux aujourd’hui très recherchés pour leur intelligence (eh oui !), leur curiosité et leur sens du contact. « Avec l’animal, le vivant et le sensible s’imposent dans toute situation », résume Boris Albrecht.

À l’heure des relations via écrans interposés, ces animaux reconnectent les humains à un essentiel en fuite. « Comme les cabanes dans la nature ou la pratique du tricot, ils nous rappellent comme la simplicité nourrit », observe Marine Grandgeorge. Et la chercheuse de citer les « bars à chats » comblant le manque de contacts tactiles des urbains stressés. « Nous, hommes, avons besoin d’être touchés et de toucher, affirme-t-elle. Une étude a notamment montré que lorsqu’un médecin, à la fin d’une consultation, touche le bras de son patient, l’observance des traitements de ce dernier en est améliorée… Et sa santé aussi. »

De l’animal-outil à l’animal-partenaire

Ces animaux peuvent aussi beaucoup nous en apprendre en matière de communication : « Le chien et le cheval notamment savent détecter nos changements émotionnels et hormonaux en relevant certains indices dans nos expressions faciales », explique Marine Grandgeorge. Grâce à ce talent, ils sont passés de l’animal-outil à l’animal-partenaire. Quant au chat, sa capacité attentionnelle doit nous inspirer. « Tous ces animaux nous enseignent que la réelle présence seule fonde une relation de qualité. »

Nos chers compagnons révèlent donc les questions de société que nous n’avons pas encore résolues. « Attention, prévient alors Boris Albrecht, plus la cellule est coercitive, plus il faut réfléchir en amont avant d’y intégrer un animal, car celui-ci peut cristalliser autant les bénéfices que les failles d’une structure ! » Et éventuellement en payer le prix dans son être même. D’où la nouvelle question qui émerge : « Comment préserver le bien-être des animaux mis en situation de médiation ? »

Pour un flirt, l’évolution ferait n’importe quoi

Comme les bêtes. Ce que les animaux nous apprennent de notre sexualité, du biologiste néerlandais, Menno Schilthuizen, chez Flammarion, nous propose un joli voyage dans les découvertes de la biologie en matière de sexualité. Ils font courir le monde, mais biologistes et autres spécialistes de l’évolution ont longtemps tardé à en explorer les bizarreries… Et pourtant, les organes génitaux (et les activités qu’ils permettent) des espèces peuplant notre planète sont, à lire Menno Schilthuizen, bien plus complexes, étranges et fascinants que de « bêtes seringues » ou de simples réceptacles à sperme !

Comme les bêtes, du biologiste néerlandais Menno Schilthuizen, nous propose un joli voyage dans les découvertes de la biologie en matière de sexualité animale (et humaine). Un « tango évolutif » autour duquel, raconte l’auteur, s’affrontent deux théories. Les uns, derrière le biologiste William Eberhard, penchent pour un « choix secret des femelles », idée selon laquelle les organes sexuels mâles n’évolueraient que pour plaire à ces dames. Car, contrairement à une idée reçue convaincre une femelle de copuler ne suffit pas : largage de sperme, parcours labyrinthique déroutant les spermatozoïdes, avortement sur commande… chez les bêtes comme chez les hommes, écrit l’auteur, le corps de la femelle « abrite tout un arsenal de moyens pour déjouer les intentions de son partenaire » et faire en sorte que la copulation n’aboutisse pas à une naissance. Une fois le sperme livré, il faut donc pousser sa destinataire à en faire quelque chose. Et lui donner du plaisir en est peut-être le moyen : peu importe l’espèce pourvu qu’on ait l’ivresse, qu’ils soient insectes ou poissons, rongeurs ou primates, les mâles sont dotés d’un « volumineux catalogue de gadgets érotiques » destinés à « tapoter ou caresser, tambouriner ou littéralement claquer » la région génitale des femelles lors des rapports sexuels.

Une histoire de la vie

Loin de croire au « choix secret des femelles », certains pensent que « l’évolution génitale résulte de l’escalade d’un conflit mâle-femelle dans lequel chacun essaie d’avoir le dernier mot ». Car le pénis a d’autres mystères, pas toujours propres à réjouir les femelles. Certains pénis sont si longs qu’il leur faut une nuit pour entrer en érection, d’autres sont bardés d’épines capables de percer le vagin ou dotés d’« écopes à sperme » pour vider madame de toutes traces de semence rivale. Certains mâles bouchent l’orifice génital de la femelle ou l’inondent d’hormones qui lui ôtent toute envie de batifoler, d’autres dédaignent son vagin et percent son abdomen pour y enfoncer leur pénis !

Les amours des hermaphrodites ne sont pas plus pacifiques : ces « routards du sexe », écrit l’auteur, se livrent à une lutte permanente du « prends ma semence, mais garde la tienne ». Une chose est sûre : les experts de la bête à deux dos ont bien des choses à nous apprendre sur nous-mêmes. Et contre ceux qui ne voient dans ces travaux qu’un gaspillage d’argent public (et de papier journal), l’auteur oppose trois idées : d’abord, la sexualité animale et son évolution dessinent un « panorama spectaculaire sur l’histoire de la vie ». Elles permettent aussi de mieux comprendre, parfois de résoudre, d’importants problèmes altérant la fécondité de l’être humain ou du bétail. Et « comme l’art, la musique ou le sport, la science fondamentale offre une forme de divertissement au reste de l’humanité ». La lecture de ce livre vous en convaincra : limaces et libellules n’ont rien à envier aux moins puritains d’entre nous.

Philippe Hofman : « Ils participent à notre humanisation »

Interview

LE FIGARO. - D’habitude, ce sont les vétérinaires ou les éthologues qui étudient les liens entre l’homme et l’animal. Pourquoi le psychologue que vous êtes s’intéresse-t-il tant à ce sujet ?

Philippe HOFMAN. -En tant que spécialiste des enfants et adolescents, mais aussi gérontologue, j’ai beaucoup observé l’évolution de la famille, et notamment son extension. Avec la multiplication des familles recomposées, la vision que je pouvais en avoir s’est élargie et peu à peu, les animaux domestiques me sont apparus comme des membres à part entière de ces familles : ils incitent les petits à se lever et à marcher, deviennent les confidents des ados, sont l’objet de conflits au moment des séparations … J’ai aussi constaté que dans les cas de familles fermées, un peu repliées sur elles-mêmes, ils étaient parfois une solution pour établir plus rapidement le contact.

LF : Vous dites que le chien, particulièrement, favorise la vie en société. Comment ?

PH : Avoir un chien favorise le contact social. C’est encore mieux que les enfants : promenez-vous avec un animal en laisse et vous échangerez naturellement quelques mots avec certains passants ou les autres propriétaires que vous croisez. Parfois même, les rencontres engendrent de vraies confidences. Le prétexte du chien amène à parler de soi sans complexe, sans tabou, à l’image de notre toutou qui entre en contact direct parfois trivial avec ses congénères. Dans ce partage social, les chiens nous apprennent l’altérité, le lien avec l’inconnu, et en ce sens, ils participent à notre humanisation. Dans un monde égocentrique et aseptisé, ils nous renvoient au partage, au contact et à l’animalité.

LF : Du point de vue affectif notamment, vous affirmez qu’ils sont des partenaires inégalables… PH : Oui, car avec eux, notre communication est d’emblée directe et authentique. Il n’y a pas besoin de tricher ! Avec l’humain, les liens sont toujours un peu complexes, pleins d’enjeux inconscients, nous devons nous « apprivoiser »… Le chien, notamment, plus constant que le chat, nous invite à une relation immédiate sans ambiguïté. Dans son regard, il semble absorber toute notre douleur morale et nous renvoie une dimension bienveillante. Je pense qu’avec notre animal familier, chien ou chat, nous pouvons retrouver les émotions des échanges primaires. En ce sens, pour tous ceux qui sont dans une détresse profonde, carencés psychiquement au point de se retrouver dans la rue par exemple, une douce régression naturelle se fait grâce à l’animal qui les accompagne.

LF : Ce lien spécifique peut-il aussi aider en cas d’épreuve ? PH : Indéniablement. On sait qu’en cas de deuil la présence et le maintien du lien avec l’animal domestique sont essentiels : il vous incite à vivre, à continuer malgré l’absence de ceux que vous avez perdus. En cas de maladie grave, c’est tout aussi puissant : notre chat ou notre chien ont une telle vitalité que, affaibli, on peut leur confier notre peine ou notre angoisse profonde, alors qu’avec nos proches c’est plus délicat. J’estime que dans les services de soins palliatifs, notamment, les animaux pourraient permettre d’exorciser et apaiser l’angoisse de mort des malades, mais aussi de leurs proches.

Source : Le Figaro Santé



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