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20
mars
2015

S’envoyer de l’argent sur Facebook, nouvelle technique de profilage

Le réseau social propose d’échanger de l’argent avec ses amis, se positionnant dans la guerre des géants du web sur le portefeuille électronique.

La bataille pour les paiements fait rage sur les mobiles. Tous les acteurs veulent imposer leur solution. Dernier en date : Facebook. Le réseau social au milliard d’utilisateurs a annoncé, mardi 17 mars, l’ajout d’une nouvelle fonctionnalité qui permet de s’échanger de l’argent entre "ami".

Sur l’appli Messenger (utilisée par plus de 500 millions de personnes), il suffira de sélectionner un petit logo en forme de $ dans une discussion avec un ami, d’indiquer un montant, et de choisir "payer" pour que le montant soit débité de la carte bancaire paramétrée, et crédité à cet ami sur sa carte.

Simple, rapide et entièrement gratuit. Du moins pour l’utilisateur. Facebook ne s’étend pas sur le sujet, mais il y a fort à parier qu’il prélèvera une commission sur chaque paiement auprès des organismes bancaires. Le système sera "testé" dans les prochains mois, d’abord aux Etats-Unis, avant (peut-être) une arrivée en France.

Récupérer une commission entre 2 et 3%

Facebook est le dernier en date à investir les paiements sur mobile, un secteur où la concurrence fait rage. Les banques (Société Générale, Banque postale, BNP...) et les organismes de paiements (Visa et MasterCard) se retrouvent directement confrontés ces dernières années aux géants du net (Google, Apple, Amazon, eBay).

Pourquoi une telle ruée sur le smartphone et son porte-monnaie électronique ? D’abord pour les revenus générés. Le gâteau est estimé dans le monde entre 60 et 72 milliards d’euros à l’horizon 2017 par les différents cabinets d’analyse. Et sur chaque transaction, le fournisseur du service prélève une commission entre 2 et 3%.

L’intérêt est aussi de reproduire la facilité des paiements sur les sites de e-commerce via PayPal, où seuls un identifiant et un mot de passe sont nécessaires pour régler son achat. Exit la fastidieuse saisie de ses coordonnées bancaires. Surtout que plus le paiement est simplifié, plus l’acte d’achat est fréquent. L’analyste Jean-Philippe Poisson, directeur général du cabinet Elia Consulting, souligne :

Saisir les numéros de la carte bancaire, puis le code reçu par SMS, sont synonymes de 40% des abandons d’achat de panier." La démocratisation des porte-monnaies électroniques devrait ainsi se faire "d’ici à cinq ans", selon l’analyste, et s’accompagnera d’un important développement du e-commerce.

2015, l’année où l’on payera avec son mobile

En plus de faciliter les paiements sur internet, l’objectif est aussi de remplacer l’argent liquide. C’est en tout cas ce que prônent Visa et MasterCard, qui imaginent des concepts où il suffit de scanner un code dans un magasin pour payer.

Mieux profiler les internautes

Pour les géants du net, l’intérêt de proposer de telles solutions de paiement tient aussi à la richesse des informations d’achats. "Aujourd’hui, tout le modèle du ciblage publicitaire en ligne repose sur la présomption d’achat déduit à partir de recherches", pointe Jean-Philippe Poisson.

Mais demain, en ayant accès au portefeuille électronique, ce ciblage se basera sur les véritables achats. Les publicitaires pourront alors encore mieux cibler les consommateurs. L’enjeu n’est pas tant le paiement que toutes les informations autour."

Exit les pub pour des hôtels d’une destination de vacances qui ne nous a jamais intéressée. Exit aussi les pub pour un ordinateur déjà acheté. L’internaute se verra proposer une consommation au plus proches de ses achats, à l’image de ce que fait Amazon dans ses recommandations pour ses utilisateurs. De quoi poser aussi une nouvelle question sur le profilage toujours plus poussé de nos pratiques, par une poignée de géants qui se partagent l’ensemble des données personnelles.

Se pose aussi la question de l’avenir des banques. A ce jour, les différents services passent par les cartes bancaires. Que se passera-t-il le jour où tous les paiements se feront depuis un iPhone et sa déclinaison en ligne iTunes ? A quoi bon encore disposer d’un compte pour y déposer de l’argent ? Il faut dire qu’avec ses 700 milliards d’euros de capitalisation boursière, Apple semble avoir les reins plus solides que BNP Paribas (65 milliards d’euros) ou la Société générale (34 milliards d’euros).

Déjà, PayPal (eBay) propose un système des crédits à la consommation.

A terme", estime Jean-Philippe Poisson, "les géants du high-tech peuvent cantonner les banques dans le rôle de simple infrastructure. Quelle sera la prochaine étape ? L’épargne ? L’assurance ?"

Boris Manenti

Source : Le Nouvel Obs



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