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2014

Sida : 2014 entre espoirs et déceptions

À l’occasion de la Journée mondiale contre le sida , tour d’horizon des enseignements et avancées sur un virus qui résiste encore. Plus de trente ans après son identification, le VIH résiste encore aux experts médicaux. Certes, les antirétroviraux offrent désormais aux malades la même espérance de vie qu’une personne non infectée, mais au prix d’effets secondaires parfois importants. Aucun vaccin ni thérapie ne permet encore la guérison totale. En attendant cette heure, si elle arrive un jour, la stratégie actuelle consiste à multiplier les fronts d’attaque pour enrayer la chaîne de transmission, comme en témoignent ces trois avancées qui ont marqué l’année 2014.

• Prévention : l’intérêt confirmé des antirétroviraux

Le moyen de protection privilégié contre le VIH est, et reste, le préservatif. Mais son usage, forcément limité dans la vie réelle, ne suffit pas à enrayer la contamination, notamment au sein de groupes particulièrement touchés comme les homosexuels masculins, les travailleurs du sexe ou les migrants. D’où l’intérêt suscité par la prise d’antirétroviraux en « prophylaxie préexposition » (PrEP), dont l’efficacité préventive a été récemment confirmée par plusieurs études, notamment l’essai français Ipergay de l’ANRS.

Dans le cadre de cette étude conduite auprès de 400 individus, la moitié recevait des antirétroviraux (le Truvada, alliant ténofovir et emtricitabine), avec pour consigne de prendre deux comprimés dans les heures précédant un rapport à risque, puis deux autres 24 heures après. Le reste des participants recevait un placebo. Un an après son lancement, l’étude a été écourtée fin octobre : alertés par d’excellents résultats d’un essai britannique assez proche, les chercheurs français ont analysé de façon anticipée leurs résultats. L’amélioration observée chez les personnes sous Truvada était telle (environ + 80 %) que l’ANRS a décidé d’accorder immédiatement le Truvada à l’ensemble des participants.

Deux associations de malades ont déposé auprès de l’Agence du médicament une demande de recommandation temporaire d’utilisation (RTU), pour accélérer l’accès des malades au Truvada en PrEP, le traitement disposant pour l’instant d’une autorisation pour le seul traitement des malades. Les États-Unis sont actuellement le seul pays au monde à autoriser le Truvada en PrEP, mais sous la forme de prise quotidienne, et non à la demande.

• Guérison fonctionnelle : de l’espoir et une déception

Âgée de 4 ans, une petite fille du Mississippi a incarné de grands espoirs, largement rapportés par les médias, avant que l’histoire ne retombe cet été. Née séropositive, elle avait reçu un traitement antirétroviral dès sa naissance. Bien qu’elle ait cessé de le prendre vers ses 18 mois, le virus était resté longtemps indétectable dans son organisme. Las, le VIH a fait sa réapparition chez la fillette cet été, au moment où les médecins évoquaient un cas inédit de « guérison fonctionnelle » (on ne parle pas de guérison totale pour le VIH car le virus reste toujours présent, caché dans des réservoirs).

En France, une guérison fonctionnelle (charge virale indétectable sans traitement) est en revanche observée chez les 20 patients adultes et adolescents de la cohorte Visconti. Ces personnes ont en commun d’avoir commencé leur traitement antirétroviral tôt (trois semaines à trois mois après leur infection) et de l’avoir suivi pendant au moins deux ans avant de l’arrêter. L’un des patients est ainsi en rémission depuis quatorze ans. « Ces patients ont un profil particulier que nous tentons d’élucider. S’agit-il d’un fond génétique commun ? De réponses cellulaires particulières que nous pourrions reproduire pour l’offrir au reste des malades ? », explique le Pr Christine Rouzioux, qui dirige l’étude ; 15 % des malades appartiendraient à ce type de « patients Visconti ».

• Les autotests se font attendre

Réclamés de longue date par les associations, autorisés par les autorités l’an dernier, les autotests devaient faire leur entrée dans nos pharmacies courant 2014. Il faudra, finalement, attendre le premier trimestre 2015 pour que le premier modèle ne soit commercialisé, promet la société AAZ. La ministre de la Santé Marisol Touraine a de son côté annoncé lundi l’arrivée des autotests en France le 1er juillet 2015.

Disponible sans ordonnance, l’autotest délivre un résultat en quinze minutes. Le modèle d’AAZ, qui devrait coûter une vingtaine d’euros, fonctionne sur la base d’une gouttelette de sang prélevée au bout du doigt. La fiabilité est de 99 %, selon l’association Aides qui a participé à son évaluation. Il existe aussi des modèles salivaires, mais aucun fabriquant ne semble avoir entamé de démarche en France.

« Les autotests n’ont pas vocation à remplacer le dépistage classique, rappelle Daniela Rojas Castro, coordinatrice pour la recherche à Aides. Mais il nous semble important de diversifier les modes de dépistage pour toucher le plus grand nombre. Trente mille Français ignorent leur séropositivité et nous pensons que ces tests peuvent toucher certains de ceux qui ne seraient jamais allés se faire dépister dans un centre médical ou associatif. »

• Les seniors, mauvais élèves du dépistage

Affichant une vie sentimentale et sexuelle parfois aussi mouvementée que leurs enfants, les seniors se sentent pourtant moins concernés par le risque d’infection par VIH. Selon un sondage OpinionWay pour le laboratoire Janssen, présenté mercredi, seulement 12 % des 50-70 ans interrogés déclarent se sentir concernés par les risques d’infection et 46 % déclarent avoir déjà réalisé un test de dépistage, contre 61 % chez les 18-49 ans. Les seniors sont pourtant de plus en plus nombreux à être contaminés : 18 % des séropositifs dépistés en 2012 avaient plus de 50 ans, contre 12 % en 2003. En cause, une vigilance moindre, 37 % d’entre eux affirmant n’avoir jamais utilisé de préservatif.

Source : Le Figaro Santé



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