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6
janv
2015

Sortie "inévitable" de la Grèce : la zone euro est-elle en danger ?

Les propos d’Angela Merkel sonnent comme une mise en garde à la Grèce. Mais après tout, si sa prophétie se réalisait, de quels moyens dispose la zone euro pour absorber le choc ?

L’intervention de la chancelière Angela Merkel dans la campagne législative grecque en a surpris plus d’un. "Le gouvernement allemand juge quasiment inévitable une sortie (de la Grèce) de la zone euro, si le chef de l’opposition Alexis Tsipras (gauche radicale Syriza) dirige le gouvernement après les élections (législatives du 25 janvier), abandonne la ligne de rigueur budgétaire et ne rembourse plus les dettes du pays", écrivait samedi 5 janvier sur son site internet l’hebdomadaire "Der Spiegel", s’appuyant sur "des sources proches du gouvernement allemand".

Exit la peur du Grexit ?

Ces dernières années, la perspective d’une sortie de la Grèce de la zone euro ("Greece exit", ou "Grexit") suscitait de grandes inquiétudes dans toutes les capitales de la planète. Un tel précédent était susceptible de jeter un doute sur l’intégrité de la zone euro, disaient les experts, les investisseurs risquant de fuir les pays périphériques de la zone euro - Espagne, Portugal, Italie et Irlande -, potentiellement les prochains sur la liste des exclus. Les banques internationales y allaient de leurs scénarios catastrophe, chiffrant en centaines de milliards d’euros la facture pour les pays de l’Union européenne. Et les banques centrales nationales, très discrètement, avaient toutes mis au point des plans d’urgence. Au cas où.

Désormais, la situation serait différente, si l’on en croit les propos relayés par "Der Spiegel". La sortie de la Grèce de l’euro ne serait pas contagieuse. Pas même douloureuse. Vraiment ?

Des protections nouvelles

"C’est un jeu, explique Anne-Laure Delatte, économiste au CNRS et enseignante à Princeton. A l’approche de la négociation avec le futur gouvernement, les négociateurs annoncent ce qu’ils ont en main." Les grands pays européens, qui sont les créanciers de la Grèce, comptent bien pousser Athènes à poursuivre les efforts, afin de se faire rembourser leur dû. Pas question de montrer à un parti anti-austérité qu’il pourra rembourser moins, même s’il est pro-euro. En expliquant qu’elle est prête à se passer de la Grèce, Merkel a donc peut-être un peu chargé la barque avant que les cartes ne soient découvertes.

L’argument de Berlin - présenté par "Der Spiegel" - est simple : depuis la crise, la zone euro est plus robuste. Les pays les plus en difficulté, le Portugal et l’Irlande, vont mieux. Le Mécanisme européen de stabilité (MES) est un fonds de sauvetage suffisamment puissant pour assurer la stabilité de la zone euro. Et l’Union bancaire protège les Etats des crises bancaires... Dans ces conditions, si un pays comme la Grèce, qui pèse 2,4% du PIB de la zone euro, décide la quitter, cela n’affectera pas l’ensemble du continent.

Encore fragiles

Ce n’est pourtant pas tout à fait l’avis d’Anne-Laure Delatte. "L’Union bancaire, rappelle l’économiste, ne sera vraiment opérationnelle qu’en 2022. D’ici là, une banque en difficulté ne trouvera pas suffisamment de liquidités dans le fonds de secours qu’elle prévoit, car les banques commencent à peine à y contribuer. De plus, poursuit-elle, même s’il est vrai que certains pays périphériques sont en meilleure santé financière qu’il y a quelques années, il reste de nombreuses interrogations sur l’Italie. On estime qu’il faudrait une croissance de 5% pendant quatre ou cinq ans pour qu’elle commence à simplement stabiliser sa dette."

"En cas de sortie de la Grèce, les investisseurs pourraient mécaniquement augmenter la prime de risque qu’ils exigent de l’Etat italien en échange des prêts qu’ils lui accordent. Ce qui éloignerait d’autant le pays de l’assainissement financier, et jetterait à son tour un doute sur son maintien dans la zone euro. Et cette fois, le mécanisme européen de stabilité pourrait s’avérer insuffisant. Car l’Italie, ce n’est pas la Grèce. Son PIB est autrement plus conséquent : il représente 17% de celui de la zone euro. Et il ne faut pas oublier que ce sont les contribuables qui abondent ce fonds."

Le vrai parapluie : la BCE

Preuve que la sortie de la Grèce de la zone euro ne peut être indolore, les taux d’intérêts auxquels Athènes emprunte sont montés à 9% depuis que le parti Syriza est donné favori, contre 4,75% lors de son retour sur les marchés financiers en avril dernier.

Heureusement, la zone euro n’est pas totalement désarmée contre les turbulences. Elle bénéficie notamment de la politique très accommodante de la Banque centrale européenne, dont le président Mario Draghi s’est engagé à employer les grands moyens si nécessaire. L’institution doit d’ailleurs dire lors d’une réunion le 22 janvier, soit trois jours avant l’élection grecque, si elle a recours ou non à la planche à billet pour soutenir la dette des Etats.

Cette arme de dissuasion sert de parapluie pour l’instant, mais en cas de triomphe de Syriza en Grèce, les créanciers de la péninsule, notamment l’Allemagne, afficheront probablement moins de tranquilité. Car en cas de panique, la BCE devra probablement utiliser l’arme atomique. Ce à quoi Berlin est opposé.

Donald Hébert

Source : Le Nouvel Obs



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