vendredi, 18 mai 2012|

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Surliquidité : 7 482 milliards stockés dans les comptes de la Béac

C’est le montant des réserves de change dont disposent les six pays de la Cemac à la banque centrale.

Le montant est hallucinant. Au 31décembre 2008, les six Etats de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) disposaient d’une somme totale de 7482 milliards de Fcfa au sein de la Banque des Etats d’Afrique centrale (Beac), dont près de la moitié appartient à la seule Guinée Equatoriale, le nouvel El dorado pétrolier de la région.

Ce pactole est supérieur au 7 000 milliards de Fcfa que la France se propose d’injecter en Afrique au cours des cinq prochaines années, au titre de l’aide publique au développement. Selon un communiqué publié sur le site Internet de la Beac, et portant sur la "situation des placements de la Beac", ces réserves généralement issues des excédents sur les recettes pétrolières (lorsque les prix du baril à l’international dépassent ceux prévus dans les budgets des Etats producteurs, le surplus est reversé à la Beac) sont en constante progression depuis 2006.

C’est ainsi qu’elles sont passées de 4 592 milliards de Fcfa en 2006 à 5 460 milliards de Fcfa (soit une augmentation de près de 1000 milliards de Fcfa) en 2007, avant d’atteindre 7 482 milliards de Fcfa en 2008. Soit une augmentation de plus de 2000 milliards de Fcfa. Cette progression est d’autant compréhensible qu’au cours du second semestre 2008, le baril de brut a atteint puis dépassé la barre mythique de140 dollars, alors qu’au Cameroun, par exemple, le baril avait été budgétisé à 65 dollars. Soit un dépassement de 75 dollars, c’est à dire plus de 110%. Mais n’allez surtout pas croire que ce pactole est gardé dans les coffres-forts de la banque centrale. Selon le communiqué mentionné ci-dessus, la Beac précise que selon "la Convention de coopération monétaire entre les Etats membres de la Beac et la République française, stipule qu’un quantum minimum desdites réserves doit être placé au compte d’opérations logé au Trésor français. Ce quantum, initialement fixe a 65 %, est passé a 55% en juillet 2008 et évoluera pour atteindre 50 % en juillet 2009".

Placements gagnants

Le reste de ces réserves est géré directement par la Beac à travers sa salle de marchés créée en 2001, et dont le rôle est d’effectuer des placements auprès des marchés financiers internationaux et autres banques dites de catégorie A+ (c’est-à-dire de grande envergure). A croire la Beac, "cette salle de marchés est montée progressivement en puissance, et ses interventions sur les marches financiers portent aujourd’hui sur près de 30% des réserves de change des six Etats membres de la Cemac, contre 6 % en 2006".

C’est par le biais de cette salle de marchés que, en décembre 2007, la Beac a effectué un placement de 328 milliards de Fcfa auprès de la Société générale à Paris. "Par la suite, il s’est avéré que le produit contracté, géré par ailleurs avec opacité par la Société générale n’était pas totalement conforme aux prescriptions des statuts de la Banque [centrale], et la décision d’en sortir a été prise le 29 avril 2008, et confirmée le 1er octobre de la même année, avec effet au 28 décembre 2008 afin d’éviter le paiement d’importantes pénalités contractuelles", explique le mini rapport de la Beac sur ses placements financiers.

Et la Beac de poursuivre sur ce placement qui a finalement causé quelques soucis à la banque centrale : "Entre temps, la valeur de marché du dépôt, qui dégageait encore une plus value substantielle jusqu’au mois de juillet [2008], s’est fortement dégradée au second semestre, avec l’effondrement généralisé des valeurs boursières sur les grandes places internationales, annonciateur de la crise financière la plus profonde. A la sortie du dépôt à la date du 28 décembre 2008, la valorisation du marché communiquée par la Société générale, à 475 millions d’euro, se traduisait donc pour la Beac par une perte comptable sèche de 25 millions d’euros, soit 16,4 milliards de Fcfa".

Au demeurant, en dépit de ce placement qui a subi le contrecoup de la crise financière internationale, la Beac soutient que "l’activité de placement des avoirs en devises devient largement la source première de revenus de la banque et de son équilibre d’exploitation". Pour preuve, le rapport sus mentionné indique que les 219 milliards de Fcfa gérés en 2006 par la salle des marchés de la Beac ont générés un gain de 6 milliards de Fcfa, tandis que les 925 et 1769 milliards respectivement placés en 2007 et 2008 par la Beac ont générés des bénéfices respectifs de 38 et 57 milliards de Fcfa.

Des gains substantiels qui peuvent expliquer pourquoi le ministre camerounais des Finances, Essimi Menyé, par ailleurs président du conseil des ministres de l’Union monétaire d’Afrique centrale (Umac), avait minimisé la perte de 16,4 milliards de Fcfa subie par la Beac sur le placement effectué à la Société générale. C’était lors d’une conférence de presse organisée le mercredi 4 février 2009 à Yaoundé.

Brice R. Mbodiam


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