L'article

30
mai
2016

Tabac et alcool, un cocktail redoutable pour la bouche

En France, deux cancers oro-pharyngés sur trois sont dus à l’association des deux toxiques, alcool et tabac.

« Dans l’idéal, il faut réduire sinon supprimer sa consommation d’alcool et arrêter de fumer, car même les petits fumeurs augmentent leur risque de cancer de la bouche, du larynx et du pharynx », explique au Figaro le Dr Loredana Radoï, chirurgien-dentiste et chercheur à l’Inserm (université Paris Descartes). Avec le groupe d’étude Icare, elle a publié récemment dans BioMedcentral Cancer une analyse des parts de risques attribuables à ces deux facteurs, et d’autres, impliqués dans la genèse de ces cancers de la sphère ORL.

Le cancer de la bouche n’est pas la plus fréquente des tumeurs, mais il n’en est pas moins redoutable, au 7e rang des décès par cancer chez les hommes et au 12e rang chez les femmes. Le taux de survie à dix ans est bas chez l’homme (25%), un peu plus élevé pour les femmes (40%).

Dans son dernier bilan, l’Institut national du cancer estime que les cancers de la bouche, des lèvres et du pharynx (la portion de la gorge qui se trouve au-dessus de la pomme d’Adam) sont responsables de plus de 3000 décès par an : en 2012, 2465 hommes et 727 femmes. « La survenue de ces cancers est tardive chez les hommes comme chez les femmes : près de 9 nouveaux cas sur dix sont diagnostiqués chez les 50 ans et plus », précise l’Inca. Cependant, les évolutions de ces dernières années varient de façon inverse selon le sexe. L’incidence (survenue de nouveaux cas) est ainsi en forte diminution chez les hommes depuis 1980, alors qu’elle est en augmentation chez les femmes.

Augmentation chez la femme

Pour l’Inca, les évolutions favorables chez l’homme, tant d’incidence que de mortalité, « sont en grande partie expliquées par la baisse de la consommation d’alcool observée en France depuis le début des années 1960 », même si celle-ci reste l’une des plus élevées au monde. À l’inverse, « chez la femme l’augmentation de l’incidence est liée à l’augmentation de la consommation de tabac, plus récente que chez l’homme », ajoute l’Inca.

Dans l’étude du groupe Icare, la part attribuable du risque de cancer de la cavité orale à la consommation isolée d’alcool n’est que de 0,3 %. « L’alcool, seul, n’est qu’un facteur de risque assez faible. Pour des petits consommateurs on peut même considérer qu’il est nul », concède le Dr Radoï. L’effet est plus net pour le tabac, qui, à lui seul, pèse pour 13 % du risque. « Contrairement à l’alcool, la quantité ne joue pas, le risque augmente même pour un petit fumeur mais la durée du tabagisme le majore », ajoute-t-elle.

C’est surtout l’association des deux toxiques qui devient franchement explosive puisque « fumer et boire a un effet multiplicatif » et représente 70 % de la part attribuable du risque. Un peu plus chez les hommes (74 %), moins chez les femmes (45 %). « Il faudra explorer d’autres facteurs de risque chez les femmes : hormones, infections à papillomavirus, expositions professionnelles », esquisse le Dr Radoï.

La pire configuration reste de consommer alcool et tabac au même moment car « l’alcool provoque une vasodilatation des muqueuses et un effet irritatif local qui facilite la pénétration des toxiques contenus dans la fumée », explique le Dr Radoï.

Plus surprenant, le groupe Icare montre un effet protecteur de l’obésité, qui pourrait passer, explique la chercheuse « par une dilution des cancérogènes, liposolubles, dans la graisse ». Pour une fois que l’obésité apporte un bénéfice !

Source : Le Figaro Santé



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