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23
mai
2016

Troubles de la mémoire : quand faut-il s’inquiéter ?

Clés perdues, rendez-vous oublié : après 50 ans, 50 % de la population se plaint de sa mémoire. Mais ces défaillances ne sont pas systématiquement des symptômes de maladie.

Vous égarez sans cesse votre téléphone mobile, vous ne vous souvenez plus du nom d’un acteur ? Rien de grave. « La maladie d’Alzheimer a été tellement médiatisée, ces dernières années, qu’elle est presque victime de son succès, note Francis Eustache, neuropsychologue et directeur d’une unité de recherche sur les troubles de la mémoire à l’université de Caen, en Normandie. Désormais, les gens ont tendance à s’alarmer au moindre petit oubli. » À tort.

D’abord, l’oubli n’est pas un ennemi de la mémoire. C’est un phénomène non seulement banal mais aussi indispensable, qui lui permet de faire le tri dans la masse d’informations qui nous parviennent en continu et qui ne peuvent pas être toutes engrangées. La sélection par l’oubli permet au cerveau de ne pas être submergé par les détails sans importance et donc de fonctionner correctement. « Ensuite, les troubles de la mémoire restent la plupart du temps bénins », poursuit Francis Eustache.

Petits oublis

Les fonctions cognitives ralentissent avec l’âge, tout comme les capacités physiques s’amoindrissent, même chez des personnes en bonne santé. À 65 ou 70 ans, le travail de mémorisation demande donc plus de concentration, l’attention s’est réduite et il devient plus difficile de réaliser simultanément des tâches différentes. Les petits oublis se multiplient : ne plus savoir pourquoi on est allé dans une pièce ; zapper un rendez-vous ; égarer un objet ; ne plus trouver le mot juste ni réussir à mettre un nom sur le visage d’une personne à la télévision. Mais il ne s’agit pas de symptômes de maladies.

Enfin, on attribue souvent à la mémoire des défauts qui relèvent en fait d’autres fonctions cognitives, l’attention notamment. Rappelons que pour mémoriser correctement une information, trois étapes sont nécessaires : l’encodage, le stockage et le rappel. Prenons l’exemple de celui qui ne retrouve pas sa voiture sur le parking de l’hypermarché. Un souci monopolise ses pensées, et il ne notifie pas à son cerveau où est la place de parking au moment où il se gare. Quand il ne retrouve pas sa voiture une heure plus tard, ce n’est pas un problème de mémoire puisque le cerveau ne sait pas où la voiture a été garée. Il n’y a pas eu d’encodage et encore moins de stockage. Dans cet exemple, le problème relève plutôt d’un trouble de l’attention. Un phénomène fréquent quand on est débordé, stressé ou naturellement distrait.

Consultation Mémoire

Pas question donc d’aller consulter un neurologue aux premières difficultés à se souvenir de détails. En revanche, si les troubles de mémoire deviennent récurrents et qu’ils ont un impact sur le quotidien, il faut consulter, en commençant par son médecin traitant. Certaines maladies nuisent en effet à la mémoire. Le généraliste vadonc rechercher en priorité un état dépressif ou anxieux, un manque de repos qui peut être lié à une apnée du sommeil, par exemple. Après avoir écarté ces hypothèses, il adresse ses patients à une Consultation Mémoire. Ces structures de proximité organisées en milieu hospitalier ont été spécialement mises sur pied pour mieux diagnostiquer la maladie d’Alzheimer. Mais là encore, il ne faut pas s’affoler trop vite : seules 30 % des personnes qui consultent dans une Consultation Mémoire se voient effectivement diagnostiquer cette pathologie. Il reste cependant que la maladie d’Alzheimer est bien la plus fréquente des démences liées à l’âge (55% des cas) et que les premières zones du cerveau atteintes sont celles qui touchent à la mémorisation, particulièrement celle des faits récents.

Préserver sa santé

« Si, par exemple, une personne oublie de transmettre un message à la suite d’un appel téléphonique important parce qu’elle ne se souvient pas de l’appel lui-même, c’est un signe qui doit alerter s’il se répète », explique Francis Eustache. Il peut en effet s’agir d’un début d’Alzheimer qui demande un avis médical. En revanche, le fait même de s’inquiéter pour sa mémoire est plutôt un point positif. « Les personnes qui manifestent des troubles significatifs de la mémoire, comme c’est le cas lors d’un début d’Alzheimer, ne s’en rendent pas compte. C’est plutôt l’entourage qui leur signale qu’ils ont oublié une information importante », commente le chercheur.

Ce phénomène s’appelle l’anosognosie : les patients ne réalisent pas qu’ils sont malades. De même, il faut s’inquiéter dès lors que la personne ne parvient plus à retrouver un objet alors qu’il est à sa place habituelle, ne sait plus utiliser un appareil connu, se perd dans des lieux familiers, oublie le prénom de ses proches ou des dates marquantes. Pour préserver sa mémoire, il faut préserver sa santé : avoir une bonne hygiène de vie, dormir suffisamment, conserver une activité physique et stimuler son cerveau. Le bénéfice est double : cela permet de conserver une bonne mémoire et un bon état général, tout en réduisant le risque de survenue d’un déficit cognitif ou de la maladie d’Alzheimer.

Les signes précurseurs de la maladie d’ Alzheimer sont dominés par des troubles de la mémoire.

Les premiers symptômes sont souvent discrets et peuvent faire penser à tort qu’il s’agit d’un processus normal de vieillissement. L’évolution des lésions est propre à chaque personne atteinte, ce qui a pour conséquence une différentiation individuelle des symptômes. Au début de maladie d’Alzheimer, il y a une association de deux types de troubles : des troubles de mémorisation des faits récents de la vie quotidienne (les informations "s’envolent" sans laisser de traces) et un émoussement affectif. Celui-ci est lié au handicap lui-même : confrontée à des situations d’échec, la personne atteinte perd l’estime d’elle-même, manifeste de l’anxiété et a tendance à se replier sur elle. Dès ce stade précoce, également, peuvent apparaître de discrètes modifications de la personnalité comme une perte d’initiative, un discret retrait social et/ou affectif. Un état dépressif est fréquent, surtout au début lorsque la personne est encore pleinement conscient de ses difficultés. Concrètement, l’altération de la mémoire des faits récents, peut, dès le stade précoce de la maladie, affecter la vie courante de plusieurs façons : la difficulté à concevoir les repas et à en respecter les heures, à gérer leurs finances ou leur traitement, à utiliser le téléphone ou à conduire la voiture sans se perdre. Ils peuvent oublier le gaz ou le fer à repasser, ou ne plus se rappeler s’ils ont reçu un appel téléphonique.

Par Juliette Camuzard

Source : Le Figaro Santé



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