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4
juil
2016

Tsai Ing-wen, la future Merkel taïwanaise ?

Tournant le dos au rapprochement avec Pékin, les habitants de Taïwan ont élu recemment pour la première fois une femme à la présidence. Qui est Tsai Ing-wen ? Comment gèrera-t-elle la relation avec une Chine forcément aux aguets ?

Elle est devenue très probablement la femme la plus puissante du monde chinois, récemment. Tsai Ing-wen, 59 ans, a été la première femme à accéder à la présidence à Taïwan. La première dirigeante d’Asie qui ne soit pas une héritière.

Après les élections, les Taïwanais ont tourné le dos au parti Kuomintang (KMT) artisan d’un inexorable rapprochement avec Pékin. La percée du principal parti de l’opposition, le Parti démocratique progressiste (PDP), de Tsai Ing-wen est emblématique de la lutte de Taïwan pour son identité face au géant asiatique.

Taïwan est séparée de la Chine depuis 1949, date à laquelle les nationalistes du KMT s’y sont réfugiés après avoir été vaincus par les communistes sur le continent. Mais Pékin considère toujours Taïwan comme une partie intégrante de son territoire, qu’elle peut reprendre par la force, si nécessaire. En 2009, pour être sûre de se faire comprendre, la Chine avait déployé quelque 1500 missiles afin de dissuader l’île de toute velléité d’indépendance.

"Modeste", comme Angela Merkel

Tsai Ing-wen est née en 1956, "sept ans après que les troupes communistes de Mao Zedong ont pris Pékin et forcé les nationalistes de Tchang Kaï-chek à fuir de l’autre côté du le détroit de Taiwan", rappelle le Guardian. C’est une admiratrice d’Angela Merkel à qui elle ressemble par sa simplicité : elle vit seule dans un appartement modeste avec ses deux chats, Think Think et Ah-Tsai. Diplômée de la London School of Economics, elle a forgé son pragmatisme lorsqu’elle était ministre en charge des Affaires continentales dans le gouvernement de Chen Shui-bian (2000-2004).

En la choisissant, les électeurs ont rejeté le resserrement des liens avec Pékin orchestré par le président sortant Ma Ying-jeou, une politique qui a débouché en novembre dernier sur un sommet bilatéral historique. A l’occasion de cette rencontre, les médias officiels chinois avaient à nouveau mis en garde Taïwan contre toute projet indépendantiste. Le Quotidien du peuple, l’organe du Parti communiste chinois, avait enjoint l’île à respecter le "consensus de 1992". En vertu de cet accord tacite entre Pékin et Taipei, il n’y a qu’une seule Chine, mais chaque partie peut interpréter ce que doit être cette Chine unique.

Pragmatique

Le KMT avait promis que le flirt avec Pékin profiterait à l’ancienne Formose. S’il a permis la signature d’accords commerciaux et d’un boom touristique, l’île a dû se contenter d’une croissance de 1%, l’an dernier. Bon nombre de Taïwanais estiment que cette politique a plus profité aux entreprises qu’à la population. Surtout, les 23 millions de Taïwanais craignent qu’en étant devenu dépendant économiquement de Pékin, leur pays n’y ait perdu de son identité et la souveraineté acquise de fait depuis 65 ans.

Bien qu’elle proclame que l’île doit tourner le dos à la dépendance économique envers Pékin, Tsai Ing-wen a pris soin de souligner que le "statu quo" serait maintenu, modérant beaucoup le discours traditionnellement indépendantiste du PDP. En pragmatique, elle ne peut ignorer que malgré sa méfiance vis-à-vis de la Chine, le peuple taïwanais est attaché au maintien de relations pacifiques avec Pékin.

Taïwan : s’éloigner de la Chine ?

Avec les élections présidentielles et législatives qui se sont déroulées récemment, Taïwan a élu, pour la première fois de son histoire, une femme présidente, et mettre fin à des années de rapprochement avec la Chine. Un résultat inédit. Le Kuomintang (KMT), qui met en oeuvre depuis huit ans une politique inédite de réchauffement avec Pékin sous l’égide de Ma Jing-jeou, a en effet cédé la présidence à Tsai Ing-wen, une ancienne universitaire de 59 ans. Celle-ci issue de la principale formation d’opposition, le Parti démocratique progressiste (PDP), a bénéficié du malaise suscité par les relations bilatérales et de la frustration d’une partie des 18 millions d’électeurs face à la stagnation économique. Dans les sondages d’avant élections, elle était même créditée de 40% des intentions de vote, soit le double de ce que pourrait obtenir le candidat présenté par le KMT, Eric Chu, 54 ans, maire du Nouveau Taipei.

Le dégel des relations avec Pékin avait culminé fin novembre sur un sommet historique, le premier depuis la violente séparation de la Chine continentale et de l’île de Taïwan il y a plus de 60 ans. Mais, si ce dégel a permis la signature d’accords commerciaux ainsi qu’un boom touristique à Taïwan, bon nombre d’habitants craignent qu’en étant devenu dépendant économiquement de Pékin, l’île n’y ait perdu de son identité et de sa souveraineté. Beaucoup estiment aussi être les laissés pour compte d’une politique qui n’a profité qu’aux grandes entreprises.

Une dégradation des relations entre Taïwan et la Chine

Un malaise sur lequel a surfé Tsai Ing-wen pendant sa campagne, en expliquant que Taipei doit tourner le dos à la dépendance économique envers Pékin et qu’elle écoutera l’opinion publique en ce qui concerne les relations bilatérales. La Chine a en effet d’ores et déjà averti qu’elle ne traiterait pas avec un dirigeant qui ne reconnaîtrait pas que Taïwan fait partie d’"une seule Chine".

Depuis 1992, un consensus tacite conclu entre Pékin et Taipei veut qu’il n’y ait qu’"une seule Chine" et laisse à chaque partie le loisir d’interpréter cela comme elle l’entend. Même si la candidate de l’opposition veille à affirmer qu’elle maintiendra le "statu quo" si elle venait à être élue, la plupart des experts estiment inévitable une certaine dégradation des relations entre la Chine et l’île en cas de victoire de Tsai Ing-wen.

Cette victoire a aussi permis au parti d’obtenir, pour la première fois, la majorité des 113 sièges au Parlement monocaméral aux législatives.

Source : L’Express



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