L'article

15
juin
2015

Un lien établi entre tabac et tentative de suicide

Le tabac, qui est souvent pris comme stimulant chez les personnes dépressives, a un effet contraire et aggrave leur état.

Le tabac, c’est connu, rime avec cancer du poumon et arrêt cardiaque, mais aussi avec … tentative de suicide ! En effet, contrairement aux idées reçues, fumer n’a pas un effet antidépresseur, bien au contraire ! L’étude, publiée en avril dans la revue Plos One, est sans appel : le tabagisme est un facteur de risque de tentative de suicide.

Pour démontrer cet effet, les chercheurs ont suivi durant près de quatre ans plus de trente mille personnes, qu’ils ont interrogées en deux vagues : au début et à la fin de l’expérimentation. Au total, plus de 1.600 personnes déclaraient avoir fait une tentative de suicide à la sortie de l’étude, elles étaient plus de 2.200 à l’entrée de l’étude. Mais les personnes qui fumaient au début de l’étude et à la sortie déclaraient plus de tentatives de suicide au cours de ces quatre ans que les non-fumeurs, et ce, indépendamment des caractéristiques socio-démographiques, de l’historique psychiatrique et d’éventuelles tentatives de suicide antérieures. Le risque ne dépendait pas non plus du nombre de cigarettes fumées. « Nous avons contrôlé tous les facteurs et il en ressort bien que la cigarette possède un effet pharmacologique qui induit des tentatives de suicide. L’hypoxie, c’est-à-dire le manque d’oxygène du cerveau est l’une des hypothèses qui pourraient expliquer cet effet », analyse le docteur Ivan Berlin, tabacologue à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière et auteur de l’étude.

Autre enseignement : les nouveaux fumeurs et ceux qui ont rechuté entre les deux vagues d’enquêtes voient leur risque de tentative de suicide multiplié par quatre par rapport aux non-fumeurs. « Chez les anciens fumeurs, ce sur-risque disparaît, mais au bout d’un certain temps, un peu comme le risque cardiovasculaire », souligne le docteur Ivan Berlin. Pour lui, il est donc important de surveiller attentivement le risque suicidaire, chez les fumeurs mais aussi chez les ex-fumeurs.

« Il n’est pas question de faire du tabac une molécule suicidogène. Mais le tabac, qui est souvent pris comme stimulant chez des personnes dépressives, va aggraver leur état », explique le professeur Michel Lejoyeux, psychiatre addictologue à l’hôpital Bichat à Paris. C’est pourquoi, inutile d’attendre d’être de bonne humeur pour arrêter de fumer. Bien au contraire : l’arrêt de tabac s’impose plus encore chez les déprimés. « Même s’il faut être plus vigilant chez les personnes aux tendances dépressives. Arrêter de fumer est toujours bénéfique. D’autant que réussir un sevrage tabagique, c’est euphorisant. Peu de comportements ont un impact aussi direct sur qualité de vie et la santé », affirme le professeur Lejoyeux.

Ce risque de tentative de suicide lié au tabac aidera peut-être les candidats à l’arrêt à trouver une motivation supplémentaire pour écraser leur paquet de cigarettes. En matière de lutte contre le tabac, il ne faut en effet pas hésiter à faire feu de tout bois, car les messages de prévention passent mal. Une étude réalisée par une équipe de Marseille vient de montrer que seulement la moitié des fumeurs estiment qu’ils risquent de développer un cancer du poumon.

Source : Le Figaro Santé



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