L'article

26
févr
2015

Un test pour dépister soi-même l’infertilité masculine … et après ?

Un autotest permettant de mesurer, chez soi, sa concentration de spermatozoïdes est commercialisé depuis février dans les pharmacies françaises. Mais les spécialistes doutent de son utilité et de ses limites éthiques.

Dix minutes, messieurs, pour savoir si vous pourrez ou non faire un bébé sous la couette. Telle est la promesse de « SpermCheck Fertilité », premier autotest de fertilité masculine commercialisé depuis le début du mois dans les pharmacies françaises…

Pour une quarantaine d’euros, SpermCheck ambitionne de répondre aux couples ayant des difficultés à concevoir. Mis au point par des chercheurs de l’Université de Virginie, il est déjà disponible aux États-Unis, au Canada ainsi qu’en Grande-Bretagne, où il s’en serait vendu « 12.000 à 15.000 dans la première année de commercialisation » selon Fabien Larue, directeur de la PME AAZ qui commercialise ce test en France. « Nous pensons donc qu’il y a un public. Mais notre objectif est, plus largement, de lancer toute une gamme d’autotests. »

Détecter la présence d’une protéine

Dans un rapport remis au Parlement en 2012 (pdf à télécharger ici), l’Inserm et l’Agence de la biomédecine évoquaient une étude française estimant que l’infertilité serait le fait de l’homme dans 20 % des cas, et des deux membres du couple dans environ 40 %. La cause majeure d’infertilité masculine serait la faible concentration de spermatozoïdes, d’où l’idée de commercialiser un test détectant la présence d’une protéine (SP10) localisée dans la tête de ces gamètes, pour savoir si le sperme contient plus ou moins de 15 millions de spermatozoïdes par millilitre. Un seuil défini par l’OMS, et au-dessus duquel se trouvent 95 % des hommes ayant réussi à procréer en moins d’un an.

Affichant une fiabilité de 98 %, SpermCheck ne prétend pas pour autant remplacer une consultation : « Nous le précisons bien dans la notice, insiste Fabien Larue : quel que soit le résultat, il faut ensuite voir un spécialiste de l’infertilité. »

D’une part, parce que la concentration en spermatozoïdes n’est pas stable. Une grosse fièvre, un rapport sexuel récent (moins de trois jours) ou certains médicaments courants peuvent la diminuer. De même, détecter peu de spermatozoïdes n’indique pas si ces derniers sont peu ou mal fabriqués, ou bien s’ils peinent à parvenir à destination ; deux types de pathologies qui supposent des traitements différents.

Mobilité, morphologie et vitalité comptent aussi

En outre, la seule concentration de spermatozoïdes ne suffit pas à juger de la fertilité masculine. « Vous pouvez avoir énormément de spermatozoïdes, s’ils ne bougent pas cela ne sert à rien », glisse le Pr Pierre Jouannet, spécialiste en biologie de la reproduction. « Inversement, en avoir moins de 15 millions par millilitre de sperme ne signifie pas nécessairement que l’on est infertile. »

Un spermogramme réalisé dans un service spécialisé délivrera en effet de multiples autres informations : mobilité, vitalité et morphologie des spermatozoïdes, pH du liquide séminal, etc. « L’interprétation doit toujours être faite par le médecin, et de préférence en présence du couple », conclut le Pr Philippe Bouchard, chef du service d’endocrinologie et de médecine de la reproduction à l’Hôpital Saint-Antoine (Paris).

Des questions éthiques

« Avec ce type d’autotest, vous n’avez pas avancé d’un iota sur votre infertilité », assène donc Christophe Arnoult, directeur de recherches CNRS/Université Grenoble-Alpes. « Cela ne sert à rien. Si vous n’arrivez pas à concevoir un enfant et que le test est anormal, vous consulterez ; mais si le test est normal vous consulterez aussi… »

Certains, enfin, s’inquiètent d’éthique : peut-on laisser un patient seul face à un tel diagnostic ? Le Comité consultatif national d’éthique s’était penché en 2013 sur les autotests du VIH, après un avis de 2004 sur ces mêmes tests et ceux diagnostiquant des maladies génétiques. Un test de « diagnostic de maladies potentiellement graves », relevaient alors les Sages, pose des problèmes bien différents de ceux visant à « identifier un état ou surveiller un traitement » (grossesse, glycémie…). Se pose alors un dilemme : comment favoriser le « droit à l’information » et le « souci légitime d’accroître l’autonomie de l’usager », sans risquer de livrer « sans accompagnement » un résultat « réducteur » aux conséquences potentiellement « délétères » ?

Premiers pas vers des spermatozoïdes artificiels humains

Des chercheurs sont parvenus à créer des cellules génératrices de spermatozoïdes à partir de cellules de la peau.

Les progrès effectués dans la reprogrammation de cellules souches ces dernières années offrent des perspectives enthousiasmantes pour la médecine régénérative. Après les neurones, les cellules cardiaques ou rétiniennes créées sur mesure à partir de cellules de la peau ou du sang, c’est au tour des cellules reproductrices. Des chercheurs britanniques et israéliens ont en effet réalisé la prouesse de produire de cellules génératrices de gamètes (spermatozoïdes et ovocytes) à partir de cellules de la peau.

La manipulation, présentée dans la revueCell, consiste dans un premier temps à transformer des cellules de la peau en cellules souches dites « cellules souches pluripotentes induites (IPS) ». À l’instar des cellules souches embryonnaires, ces cellules IPS peuvent ensuite être « reprogrammées » en cellules à fonction spécifique. Dans le cadre de ces travaux en laboratoire, elles ont été transformées en cellules germinales primordiales. Ces cellules présentes très tôt chez le fœtus évoluent selon le sexe de ce dernier en spermatogonies ou en ovogonies, qui donneront les spermatozoïdes et les ovocytes à l’adolescence.

Le gène SOX17

Pour reprogrammer une cellule-souche dans le sens souhaité, les chercheurs font s’exprimer certains gènes précis. C’est l’identification de ces gènes, parmi les 30 000 du corps humain, qui constitue le principal défi. Ici, l’équipe du Pr Azim Surani, qui a travaillé trois ans sur le projet, s’est aperçue du rôle clé d’un gène, appelé SOX17, pour la formation des cellules germinales primordiales humaines.

Ces travaux font miroiter la possibilité, un jour, de remédier à certaines formes de stérilité en créant en laboratoire des spermatozoïdes ou des ovules présentant le patrimoine génétique du futur parent - un avantage indéniable au regard du don de gamètes tel qu’il est pratiqué actuellement. Les chercheurs rappellent toutefois que cette découverte reste très préliminaire. « Nous devons encore procéder à de nombreuses expériences, notamment sur l’animal, pour vérifier que cette technique peut être appliquée à l’homme. Il faudra également prendre en compte les questions éthiques soulevées par l’utilisation de gamètes artificiels », souligne le Pr Surani, du Gurdon Institute à l’université de Cambridge (Royaume-Uni).

Débat éthique

« On est encore loin d’aboutir à un traitement de la stérilité, mais ces travaux sont intéressants », confirme Christophe Arnoult, directeur de recherche au CNRS (Université Grenoble-Alpes). Ce spécialiste de la spermatogénèse met en garde contre les fantasmes que ce type de manipulation pourrait faire naître. « La fabrication de spermatozoïdes en laboratoire est impossible en l’état actuel des connaissances scientifiques, puisque la maturation de ces cellules germinales nécessite forcément qu’elles soient réimplantées dans les testicules à un moment donné », souligne-t-il. De même, impossible de fabriquer des ovocytes à partir d’une cellule-souche d’homme, ou de spermatozoïde à partir de cellule de femme, précise le Pr Surani.

Christophe Arnoult ajoute que la fabrication de gamètes par cette technique soulève des questions éthiques spécifiques, du fait de l’usage auquel ils sont destinés. « Les résultats publiés montrent que seulement 30 % des cellules manipulées donnent le résultat attendu, précise le chercheur français. Cela signifie que le contrôle de l’expression des gènes sollicités est loin d’être parfait. Le risque est double : d’une part, ces cellules pourraient se développer de façon anarchique et créer des cancers après leur implantation chez le futur parent. D’autre part, elles pourraient donner des spermatozoïdes avec des erreurs génétiques et épigénétiques, favorisant l’apparition de maladies chez l’individu ainsi conçu. » Or, si un adulte peut, en toute conscience, faire le choix de s’exposer au risque tumoral pour augmenter ses chances d’avoir un enfant, l’enfant à naître, lui, subira les conséquences sans avoir été consulté.

Des scientifiques japonais étaient parvenus en 2012 à produire des ovocytes de souris à partir de cellules souches en laboratoire. Ces ovules avaient ensuite été fécondés, donnant naissance à des souriceaux viables.

Source : Le Figaro Santé



repondre Réagir à cet article    

Les commentaires (0)

> L'ARTICLE EN IMAGE
> L'AUTEUR
> Audience
  • 203 visites
> Faire suivre l'info

ARTICLES SIMILAIRES


 
Administration