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8
janv
2015

Une surmortalité liée au travail de nuit ?

Une étude de grande ampleur commencé en 1998 et qui portait sur plus de 85.000 infirmières américaines a révélé qu’impact important sur le système cardio-vasculaire apparaissait après cinq années de rythmes décalés.

Les femmes qui travaillent de nuit depuis plus de cinq années ont une surmortalité de 11 % et celles qui ont travaillé plus de 15 ans, un risque accru de 25 % d’avoir un cancer du poumon. En revanche, aucune augmentation n’est apparue pour les autres types de cancer. En France, une salariée sur dix travaille de nuit (et un homme sur cinq) de façon occasionnelle ou habituelle.

L’étude, publiée le 5 janvier dans l’American Journal of Preventive Medicine, a commencé en 1988 et a porté sur plus de 85.000 infirmières américaines (Nurses Health Study) suivies régulièrement par des épidémiologistes de Harvard (États-Unis). « C’est l’une des plus grandes études de cohorte au monde avec une telle proportion de travailleurs en rotation de nuit sur une période aussi longue », explique le Pr Eva Schernhammer qui l’a dirigée. Le choix de restreindre la population étudiée à des infirmières, plutôt que de prendre un échantillon plus varié, présente deux avantages.

Premièrement, il réduit le risque de biais liés à la nature du travail effectué. Deuxièmement, les infirmières ont un statut socio-économique relativement homogène. Un point important car le travail de nuit est plus fréquent dans les catégories socio-économiques les moins favorisées et exerçant des métiers différents, ce qui complique les comparaisons.

« Un effet délétère »

Les chercheurs ont d’abord exclu 10.000 femmes de l’étude car elles avaient déjà des maladies cardio-vasculaires ou des cancers, ce qui aurait pu fausser les résultats. Ils ont ensuite observé patiemment, pendant vingt-deux ans, l’effet du travail de nuit sur la santé des 75.000 restantes. Les infirmières étaient considérées comme étant « de nuit » dès lors qu’elles travaillaient au moins trois nuits par mois en plus de jours ou de matinées. À l’encontre de travaux antérieurs, aucune augmentation du risque de cancer du sein n’a été notée. En revanche l’augmentation de 11 % de la mortalité est apparue à partir de cinq années d’exposition, essentiellement en raison de la hausse de la mortalité cardio-vasculaire.

« Plusieurs mécanismes biologiques pourraient expliquer cette association : une activation du système nerveux autonome (chargé de fonctions automatiques du corps, NDLR), un état inflammatoire accru, des modifications du métabolisme lipidique et glucidique, et une modification subséquente du risque d’athérosclérose », détaillent les auteurs.

« Ces résultats viennent s’ajouter à d’autres indiquant un effet potentiellement délétère du travail de nuit posté sur la santé et la longévité, explique le Pr Schernhammer, mais pour en tirer des conseils pratiques pour les travailleurs postés et leur santé il faudra d’autres études précisant le rôle de la durée, de l’intensité du travail de nuit et sur l’interaction des horaires de travail avec les traits individuels (par exemple, être d’un chronotype “du matin” ou “du soir”) ».

Des implications pour les politiques de santéPeut-on extrapoler ces résultats aux hommes ? Cela n’est pas certain car en 2012, par exemple, une étude menée par des chercheurs canadiens et norvégiens avait bien montré une augmentation du risque d’accidents cardio-vasculaires mais pas d’augmentation de mortalité. Il s’agissait cependant d’une synthèse d’étude qui n’avait donc pas la robustesse statistique de l’étude de Harvard.

« Cette étude américaine pourrait avoir des implications pour les politiques de santé, explique au Figaro le Pr Marianna Virtanen, de l’Institut finlandais de santé au travail (Helsinki), elle renforce l’intérêt de mieux repérer les personnes qui supportent mal de travailler la nuit ou celles qui sont à risque de développer des maladies cardio-vasculaires, tels que les hypertendus ou les fumeurs ».

Il y a deux ans, elle avait publié, avec des collègues des universités de Londres, Montréal et Bristol, une étude montrant que des employés de bureau britannique qui travaillaient plus de 11 heures par jour avaient un risque dépressif au moins doublé par rapport à ceux travaillant 7 à 8 heures. « Trop travailler peut aussi être mauvais pour la santé mentale, bien qu’il puisse y avoir des différences de tolérance individuelle », explique-t-elle.

Source : Le Figaro Santé



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