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6
mars
2016

Vaccin contre le sida : pourquoi c’est difficile

Pour le Pr Olivier Schwartz, directeur de l’unité Virus et immunité de l’Institut Pasteur (Paris), le virus du sida pose des problèmes, mais il existe des traitements efficaces.

Le Figaro. - Pourquoi le virus du sida pose-t-il tant de problèmes ?

Olivier SCHWARTZ. - Le VIH, virus du sida, pose des problèmes, mais il y a des traitements efficaces. Le VIH est un rétrovirus. Il se multiplie grâce à une enzyme qui transforme son matériel génétique, l’ARN viral, en ADN. Cette enzyme peut introduire des modifications dans le virus. C’est une source de grande variabilité qui permet au virus de s’adapter rapidement à différentes pressions de sélection. Par exemple, lorsqu’il infecte un individu, il est confronté à la réponse de l’hôte sous la forme d’anticorps (réponse humorale) et à la mobilisation de cellules tueuses, les lymphocytes (réponse cellulaire). Dès lors, il s’adapte et peut muter pour se multiplier. C’est aussi le cas avec les traitements antirétroviraux. Le virus va tenter de leur échapper en mutant. Il faut donc combiner différents médicaments (trithérapie) pour bloquer efficacement la multiplication du virus.

Pourquoi n’a-t-on toujours pas trouvé de vaccin préventif ?

Il y a déjà eu différents essais vaccinaux encourageants, mais avec des effets modestes. Le meilleur résultat obtenu est une réduction de 30 % du risque de se contaminer. Il est difficile d’induire chez les personnes vaccinées des anticorps capables de neutraliser les différents virus circulants. Des progrès récents ont cependant permis l’identification d’anticorps antivirus à large spectre qui semblent très efficaces. Des équipes de l’Institut Pasteur et d’autres dans le monde travaillent sur la mise au point de ces anticorps. Il s’agit donc d’une immunisation passive consistant à injecter ces anticorps pour obtenir une protection transitoire. Aux États-Unis, des essais cliniques chez des personnes infectées ont montré une diminution de la charge virale. Et s’il n’y a pas pour l’instant de vaccin, d’autres stratégies de prévention sont également efficaces. On peut citer par exemple la « prophylaxie préexposition » : l’administration de molécules antivirales à titre préventif.

Qu’appelle-t-on un vaccin thérapeutique ?

C’est un vaccin qui, chez une personne infectée, vise à restaurer le système immunitaire pour qu’il arrive à maîtriser la multiplication virale. On parle d’immunothérapie. Le but serait de se passer ensuite d’antirétroviraux. Il y a différentes stratégies pour réaliser cette immunothérapie. L’une d’elles, sous l’égide du VRI (Institut de recherche vaccinale), un consortium basé en France, consiste à utiliser des cellules dendritiques, cellules importantes de l’immunité. Ces cellules sont de véritables sentinelles de l’organisme. Elles sont là pour repérer par exemple les virus ou des cellules anormales. Elles mobilisent alors le système immunitaire. Ces cellules peuvent être purifiées à partir du sang, amplifiées et réinjectées. On peut également directement cibler ces cellules dans l’organisme avec des molécules particulières, sans avoir besoin de les purifier. Là aussi, des essais cliniques sont programmés.

Source : Le Figaro Santé



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